Lutte contre les fraudes sociales et fiscales : le Sénat a adopté le projet de loi 

Le 18 novembre 2025, le Sénat a adopté un projet de loi visant à renforcer la lutte contre les fraudes sociales et fiscales. Ce texte prévoit une meilleure circulation des informations entre administrations, des obligations accrues pour les entreprises, et des sanctions renforcées. Il introduit également des mesures pour adapter la législation à la digitalisation…

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L’ambition affichée est triple : mieux anticiper les comportements frauduleux, améliorer la capacité d’enquête et de répression, et faciliter le recouvrement des sommes indûment perçues.

Le Sénat a adopté, le 18 novembre 2025, en première lecture, le projet de loi consacré à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales. Un texte dense, qui confirme la volonté du gouvernement et du Parlement de renforcer les dispositifs de prévention, de détection et de sanction, dans un contexte où la sophistication des pratiques illicites suit l’évolution des usages numériques et des circuits financiers. Un signal adressé à l’ensemble des acteurs économiques, notamment ceux évoluant dans des secteurs où les contrôles sont déjà fréquents.

Renforcement des contrôles et nouvelles obligations pour les entreprises

Pour atteindre ces objectifs, le texte revoit plusieurs blocs réglementaires. Il encourage d’abord une circulation plus fluide de l’information entre administrations. Les échanges de données entre l’assurance maladie obligatoire et les organismes complémentaires seront renforcés, afin de limiter les divergences déclaratives et repérer plus vite les incohérences.

Les entreprises sont directement concernées par certaines de ces évolutions, notamment celles opérant dans le transport sanitaire ou les taxis conventionnés, tenues d’équiper leurs véhicules de dispositifs certifiés de géolocalisation et de systèmes électroniques de facturation.

Afin d’adapter le cadre juridique à la montée en puissance des fraudes liées à la digitalisation, le projet de loi revoit ensuite le régime des sanctions administratives et pénales. Les personnes percevant des allocations chômage tout en résidant à l’étranger devront désormais disposer d’un compte bancaire ouvert dans un État membre de l’Union européenne ou en France, condition posée pour limiter les circuits opaques.

Les secteurs du luxe ne sont pas épargnés. Les horlogers, bijoutiers, joailliers et orfèvres seront intégrés à la liste des professionnels soumis aux obligations de lutte contre le blanchiment, dès lors que les transactions dépassent 10.000 euros. Une mesure qui vise à aligner les pratiques françaises sur celles déjà adoptées dans d’autres pays européens.

Du côté du recouvrement, une procédure de flagrance sociale est introduite pour les situations de travail dissimulé. Elle permettra aux administrations de réagir plus rapidement en cas d’infraction avérée, notamment lorsque des versements indus sont identifiés.

Les sénateurs ont d’ailleurs profité du passage du texte pour durcir plusieurs sanctions liées à ce type de pratiques, estimant que les dispositifs existants ne suffisaient plus à contenir les montages les plus élaborés.

Quelques éléments marquants ajoutés par la Haute assemblée :

  • France Travail disposera de prérogatives élargies pour repérer et traiter les comportements frauduleux liés aux allocations.
  • Son directeur général pourra suspendre le versement d’une allocation en cas d’indices sérieux, dans l’attente d’une vérification approfondie.
  • Les organismes de Sécurité sociale bénéficieront des mêmes possibilités de suspension conservatoire.
  • Les assurés condamnés pour fraude à l’assurance maladie feront l’objet d’une suspension temporaire du tiers payant.

Un dispositif de sanctions élargi et des pouvoirs accrus pour les administrations

Le texte élargit également le périmètre d’intervention publique dans la formation professionnelle. Les titulaires d’un compte personnel de formation devront désormais se présenter aux épreuves de certification, sauf motif légitime, pour que la prise en charge soit validée. Cette évolution vise à répondre aux dérives observées ces dernières années sur ce dispositif, notamment les formations abandonnées en cours de route ou les certifications jamais passées.

Autre précision introduite : les prescriptions émises par des professionnels de santé déconventionnés ayant manqué à leurs engagements pourront être déremboursées. Cette mesure vise à réduire les cas de facturations irrégulières ou de pratiques non conformes aux obligations conventionnelles.

L’ensemble de ces dispositions dessine une architecture plus cohérente pour les services de contrôle. Pour les entreprises, ces ajustements impliquent parfois des investissements matériels — comme les systèmes de géolocalisation certifiés — ou une adaptation des procédures internes de conformité.

Pour les professions concernées par les obligations de lutte contre le blanchiment, il s’agit également d’un changement notable dans la gestion des transactions sensibles.

Et maintenant ?

Le projet de loi, désormais enrichi des amendements issus du Sénat, poursuit son parcours législatif et est transmis à l’Assemblée nationale.

Sa version finale pourrait encore évoluer, mais l’orientation générale est clairement fixée : consolider une politique de contrôle plus structurée, mieux outillée et plus réactive. Un cadre dont les entreprises doivent d’ores et déjà anticiper les implications opérationnelles et organisationnelles.

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