
Alors que les procédures collectives restent nombreuses et que les entreprises fragilisées emploient de plus en plus de salariés, un indicateur résiste : les impayés de cotisations sociales demeurent exceptionnellement faibles. Ce paradoxe, mis en lumière par le dernier baromètre de l’Urssaf (24 juin 2026), en dit long sur les arbitrages opérés par les dirigeants de TPE et PME.
Quand une entreprise traverse une période difficile, toutes les factures ne peuvent pas toujours être réglées en même temps. Fournisseurs, banque, bailleur, énergie, impôts… les priorités se succèdent. Pourtant, les dernières données publiées par l’Urssaf montrent que les cotisations sociales continuent, dans leur immense majorité, d’être acquittées dans les délais.
À première vue, le constat surprend. Les défaillances d’entreprises demeurent élevées et les redressements judiciaires progressent encore. Dans le même temps, le taux d’impayés des entreprises de 10 salariés ou plus reste inférieur à 1 %.
Des cotisations sociales toujours largement honorées
À fin mai 2026, le taux d’impayés à l’échéance atteint 0,91 %, un niveau quasiment stable depuis un an. Même un mois après l’échéance, le taux reste limité à 0,82 %, malgré une légère hausse récente. À 90 jours, il s’établit à 0,59 %. Ces niveaux demeurent faibles au regard du contexte économique.
Cette photographie montre que les difficultés de trésorerie ne se traduisent pas automatiquement par une explosion des dettes sociales.
- 0,91 % : taux d’impayés à l’échéance.
- 0,82 % : taux d’impayés un mois après l’échéance.
- 0,59 % : taux d’impayés à 90 jours.
Des arbitrages dictés par le risque
Pourquoi ce phénomène ?
Les spécialistes des procédures collectives observent depuis plusieurs années que les entreprises arbitrent leurs paiements lorsqu’elles manquent de trésorerie. Les créances sociales occupent souvent une place particulière dans ces choix.
Ne pas régler ses cotisations peut rapidement entraîner des majorations, des procédures de recouvrement ou compliquer l’accès à certains dispositifs d’accompagnement. À l’inverse, un fournisseur peut parfois accepter un règlement différé après discussion.
Chaque situation reste différente, mais le maintien d’un faible taux d’impayés laisse penser que les dirigeants continuent d’accorder une priorité élevée aux cotisations sociales.
Pourtant, les entreprises en difficulté restent nombreuses
Ce constat ne signifie pas que la situation économique s’améliore.
Au premier trimestre 2026, les redressements judiciaires progressent encore de 8,6 % sur un an. Les liquidations judiciaires augmentent, elles aussi, même si leur rythme ralentit (+1,7 %).
L’autre enseignement du baromètre est encore plus révélateur : les entreprises concernées par ces procédures emploient davantage de salariés qu’auparavant.
Les sociétés placées en redressement judiciaire regroupent désormais 43 344 salariés, soit une hausse de 20,6 % sur un an. Les liquidations concernent 36 989 salariés, en progression de 12,2 %. L’Urssaf souligne que les effectifs touchés par les redressements représentent désormais un niveau presque deux fois supérieur à celui observé avant la crise sanitaire.
Les procédures collectives continuent de progresser, mais leur évolution masque une autre réalité : les entreprises concernées emploient davantage de salariés qu’auparavant. Une défaillance touche donc potentiellement un plus grand nombre d’emplois.
Une autre donnée interpelle
Le baromètre révèle également qu’au premier trimestre 2026, 20,8 % des entreprises placées en redressement judiciaire avaient fait l’objet d’une assignation de l’Urssaf dans les six mois précédents. Cette proportion atteint 16,3 % pour les liquidations judiciaires. Ces deux niveaux sont inférieurs à ceux observés avant la crise sanitaire.
Autrement dit, une majorité d’entreprises qui basculent vers une procédure collective n’y arrivent pas après une action engagée par l’Urssaf.
Cela peut traduire plusieurs réalités : une dégradation provoquée par d’autres créanciers, une déclaration volontaire de cessation des paiements ou encore un recours accru aux solutions d’accompagnement proposées par les organismes de recouvrement. Le seul baromètre ne permet toutefois pas de trancher entre ces différentes explications.
Un indicateur à suivre de près
Le faible niveau des impayés constitue aujourd’hui un signal intéressant pour apprécier le comportement financier des entreprises.
Si cet indicateur venait à se dégrader nettement dans les prochains mois, il pourrait traduire un changement dans les priorités de paiement des dirigeants et une tension accrue sur les trésoreries.
Pour l’heure, le message envoyé par le baromètre est plus nuancé : malgré un environnement économique encore fragile, les cotisations sociales restent, dans la plupart des cas, une dépense que les entreprises continuent d’honorer…
