
Invité de LCI le 24 septembre 2026, Jean-Pierre Farandou a évoqué un gel total ou partiel de la prime d’activité en 2027. Après la hausse ciblée entrée en vigueur cette année, le gouvernement envisage donc de limiter sa revalorisation. Salariés des petites entreprises, indépendants, apprentis : ce que cette annonce signifie, et ce qu’elle ne permet pas encore de chiffrer.
- La prime d’activité revient dans les discussions budgétaires, avec une question très concrète pour ses bénéficiaires : suivra-t-elle encore la hausse des prix en 2027 ?
- Selon le compte rendu de l’entretien publié par TF1 Info, le ministre du Travail envisage une prestation « gelée » ou « partiellement gelée ». Il confirme, en revanche, une indexation sur l’inflation du RSA, de l’allocation aux adultes handicapés et du minimum vieillesse.
- Cette piste a également été rapportée le 29 septembre par Actualités sociales hebdomadaires. Au 30 septembre 2026, les éléments consultés ne permettent toutefois ni de présenter un barème définitif pour 2027, ni d’attribuer à chaque foyer une perte mensuelle précise.
- L’annonce porte sur la préparation du budget ; elle ne constitue pas, à elle seule, une nouvelle règle de calcul.
Un gel peut réduire le pouvoir d’achat sans diminuer le versement
Trois situations doivent être distinguées. Une revalorisation complète permet au barème de suivre l’indice de prix retenu par les textes. Une sous-indexation limite cette augmentation. Un gel maintient les paramètres concernés à leur niveau antérieur. Dans les deux derniers cas, si les prix augmentent, l’aide permet d’acheter moins de biens et de services que si elle avait été intégralement revalorisée.
Cela ne signifie pas qu’une même somme serait retirée du compte de tous les allocataires. Le montant réellement versé dépend aussi des revenus professionnels, des autres ressources prises en compte et de la composition du foyer. Une hausse de salaire, une séparation ou une reprise d’emploi peuvent modifier les droits, indépendamment d’une mesure budgétaire.
- Il serait donc prématuré d’annoncer que chaque bénéficiaire perdra 10, 20 ou 50 euros par mois. Il faudra connaître les paramètres visés, le taux éventuellement retenu et le calendrier d’application.
- Les 50 euros annoncés lors de la réforme de 2026 ne sont pas une somme dont la suppression aurait été annoncée pour 2027.
Le rendez-vous légal se situe au 1er avril
Le mécanisme actuel est inscrit dans l’article L. 842-3 du Code de la sécurité sociale. Il prévoit une revalorisation annuelle, au 1er avril, du montant forfaitaire et du montant maximal de la bonification principale, selon le coefficient prévu par l’article L. 161-25. Un gel ou une sous-indexation suppose donc un texte venant modifier ce fonctionnement ou y déroger.
Cette date compte : parler du budget 2027 ne signifie pas qu’un changement de versement interviendrait automatiquement dès janvier. La date d’effet retenue par le texte, puis le calcul des droits, devront être examinés. Les déclarations ministérielles ne suffisent pas à fixer ce calendrier.
En 2026, une hausse ciblée, pas 50 euros pour tout le monde
La réforme de cette année associe deux mesures distinctes. Le décret n° 2026-222 du 30 mars 2026 applique une revalorisation annuelle de 0,8 %. Il fixe le montant forfaitaire d’une personne seule à 638,28 euros. Ce chiffre est une base de calcul, pas le montant automatiquement versé sur le compte de l’allocataire.
Le même décret augmente exceptionnellement la bonification individuelle, jusqu’à 54 euros supplémentaires, pour les revenus professionnels supérieurs à un Smic. Le maximum de cette bonification est atteint à 1,15 Smic. Le gouvernement avait annoncé un gain moyen de 50 euros pour près de trois millions de ménages. Les deux chiffres ne désignent donc pas la même chose : l’un décrit un maximum, l’autre une moyenne annoncée sur les ménages concernés.
Les détails de cette évolution figurent dans notre article sur les changements du 1er avril 2026 pour le RSA et la prime d’activité. Nous avions également examiné les effets de la réforme sur les dirigeants de TPE et les indépendants.
4,58 millions de foyers concernés dans les Caf
La note de conjoncture de la Cnaf publiée en septembre 2026 estime à 4,58 millions le nombre moyen de foyers bénéficiaires au deuxième trimestre. Le montant mensuel moyen atteint 184 euros. Ces données provisoires concernent les Caf, sans les bénéficiaires relevant de la Mutualité sociale agricole.
Les dépenses atteignent 2,53 milliards d’euros sur le trimestre, en recul de 4,7 % sur un an. La Cnaf relie notamment cette évolution au préremplissage des ressources, qui réduit certaines erreurs déclaratives, et à la modification du calcul intervenue en avril 2025. La hausse exceptionnelle de 2026 ne produit encore que des effets limités dans ces chiffres, sa montée en charge étant progressive.
Une moyenne nationale ne permet cependant pas de connaître le droit d’un salarié donné. Le montant individuel doit être vérifié à partir des ressources et de la situation du ménage.
La Cour des comptes reconnaît un soutien aux revenus modestes
Le débat budgétaire se nourrit aussi du rapport d’évaluation de la Cour des comptes, daté d’avril 2026. Celui-ci souligne l’efficacité de la prime pour soutenir le revenu des travailleurs modestes et réduire la pauvreté. Ses réserves concernent notamment l’incitation à l’activité, dont les effets sont beaucoup plus difficiles à établir.
Une étude de l’Institut des politiques publiques publiée en juin 2026, réalisée pour la Cour et la Direction générale de la cohésion sociale, examine la hausse exceptionnelle de 2019. Elle observe un soutien au pouvoir d’achat, mais aucun effet détectable sur l’emploi dans les douze mois suivant cette réforme. Cette conclusion concerne la période et les populations étudiées ; elle ne démontre pas que la prestation serait inutile.
Les recommandations relatives à certains bénéficiaires constituent encore un autre sujet. TPE Actu a notamment détaillé la proposition de la Cour des comptes concernant les apprentis. Une recommandation d’exclusion et une limitation de la revalorisation sont deux mesures différentes : elles ne doivent pas être présentées comme une seule réforme déjà adoptée.
Salariés et indépendants : vérifier ses droits sans attendre le budget
La prime d’activité peut compléter des revenus salariés ou non salariés, sous conditions. Être à son compte n’exclut donc pas le droit à cette prestation. Le calcul tient compte de la situation du foyer ; un revenu professionnel modeste ne garantit pas à lui seul l’ouverture d’un droit.
Le plus utile reste de réaliser une estimation auprès de l’organisme compétent et de contrôler les ressources déclarées. La fiche de Service Public présente les règles applicables aux salariés et renvoie au simulateur de la Caf. Le préremplissage ne dispense pas de vérifier les informations ni de signaler un changement de situation.
Lors d’une transition professionnelle, il faut également distinguer salaire et allocation de remplacement. Notre article sur le cumul entre CSP et prime d’activité explique les points à contrôler après un licenciement économique et lors d’une reprise d’emploi.
Dans les TPE, une aide personnelle à distinguer du salaire
Pour un employeur, cette actualité concerne d’abord le revenu disponible des salariés susceptibles de percevoir la prestation. La prime est versée par la Caf ou la MSA ; elle n’est pas un élément de rémunération promis par l’entreprise. Deux collègues percevant le même salaire peuvent recevoir des montants différents, selon les ressources et la composition de leur foyer.
- Lors d’une embauche ou d’une discussion salariale, mieux vaut donc distinguer le salaire proposé de l’éventuelle aide sociale.
- Un montant de prime d’activité ne peut pas être garanti par l’employeur à partir du seul bulletin de paie.
- Le salarié peut être orienté vers une simulation individuelle, sans avoir à détailler sa situation familiale auprès de l’entreprise.
Ce qui reste à connaître pour 2027
Trois points devront être vérifiés dans les textes :
- l’étendue du gel ou de la sous-indexation,
- les paramètres du calcul concernés,
- la date d’application.
Tant que ces éléments ne sont pas fixés, un chiffrage individuel présenté comme certain serait trompeur. Les bénéficiaires doivent continuer à accomplir leurs démarches selon les règles en vigueur.
Retrouvez nos explications et nos suivis dans le dossier Prime d’activité de TPE Actu.
Article établi à partir des informations disponibles le 30 septembre 2026. Les annonces relatives au budget 2027 sont distinguées des règles actuellement applicables.
