Salarié en arrêt maladie présent dans l’entreprise : simple visite ou reprise déguisée ?

Visite personnelle, rendez-vous de liaison ou travail pendant l’arrêt : les règles à connaître et les précautions à prendre pour l’employeur et le salarié.

7–10 minutes
©noppol-mahawanjam via canva.com

Passer récupérer des affaires, remettre un document ou échanger avec son responsable : la présence d’un salarié en arrêt maladie dans les locaux ne signifie pas nécessairement qu’il reprend son activité. Mais une visite peut devenir une prestation de travail, même en quelques minutes. Quelles précautions prendre, du côté de l’employeur comme du salarié ?

  • Un salarié pousse la porte de l’entreprise pendant son arrêt maladie. Il vient chercher un objet oublié. Un collègue l’interpelle sur un dossier, son responsable lui demande de vérifier une commande, puis une réunion commence. Ce qui devait être un passage personnel prend une autre tournure.
  • Pour apprécier la situation, la présence dans les locaux ne suffit pas. Il faut examiner le motif du déplacement, les prescriptions médicales et les tâches éventuellement accomplies. Une visite administrative, une réunion commerciale et un rendez-vous destiné à préparer le retour ne relèvent pas des mêmes règles.
  • Pour les démarches, l’indemnisation et la gestion de l’absence, retrouvez également notre guide des droits du salarié et des obligations de l’employeur pendant un arrêt maladie.

L’arrêt suspend le travail, mais pas toutes les obligations

Pendant un arrêt maladie, le contrat de travail est suspendu : le salarié n’a pas à effectuer sa prestation habituelle. Certaines obligations subsistent néanmoins, notamment la loyauté envers l’employeur. La suspension ne signifie donc pas que tout contact devient interdit. La Cour de cassation distingue expressément la poursuite d’une collaboration professionnelle de la communication de certaines informations nécessaires à l’entreprise.

À ces règles s’ajoutent celles de l’Assurance maladie. L’article L. 323-6 du Code de la sécurité sociale impose notamment de respecter les prescriptions médicales et de s’abstenir de toute activité non autorisée. Comme le rappelle Service Public, une activité peut poser problème même lorsqu’elle est brève, non rémunérée ou réalisée pendant les heures de sortie.

L’accord du responsable pour « passer rapidement » ne dispense donc pas le salarié de respecter les conditions de son arrêt.

Récupérer des affaires : une visite à examiner au cas par cas

Les textes cités ne prévoient pas d’interdiction générale de franchir la porte de son entreprise. Ils ne créent pas davantage une liste de visites personnelles automatiquement autorisées.

Venir chercher des lunettes ou remettre un document administratif ne constitue pas, en soi, l’exécution des tâches habituelles. Mais le déplacement doit rester compatible avec les prescriptions du médecin et les règles de sortie.

L’article R. 323-11-1 du Code de la sécurité sociale distingue les sorties interdites, les sorties autorisées avec présence obligatoire au domicile et les sorties libres. Dans le deuxième cas, le salarié doit être chez lui de 9 heures à 11 heures et de 14 heures à 16 heures, sauf pour des soins ou examens médicaux. Récupérer un objet au bureau ne relève pas de cette exception. Le texte distingue également l’autorisation de sortie de celle d’exercer certaines activités hors du domicile.

Par précaution, mieux vaut convenir à l’avance du motif et du moment du passage. Lorsqu’un envoi ou une remise par un tiers permet d’éviter le déplacement, cette solution peut être privilégiée. Il s’agit de conseils pratiques, et non d’une procédure légale obligatoire applicable à chaque visite.

Côté employeur : ne pas transformer le passage en dépannage

Une visite personnelle ne doit pas devenir l’occasion de faire avancer le travail. Demander de traiter une commande, de corriger un document destiné à un client ou de participer à une réunion de production revient à solliciter une prestation professionnelle.

La brièveté de l’intervention ne protège pas l’entreprise. Dans un arrêt du 4 septembre 2024, n° 23-15.944, une salariée avait dû venir travailler à trois reprises pendant son arrêt, pour des tâches ponctuelles et limitées dans le temps.

La Cour de cassation a jugé que le seul constat du manquement de l’employeur, qui l’avait fait travailler pendant son arrêt maladie, ouvrait droit à réparation. La salariée n’avait pas à démontrer un préjudice distinct pour obtenir une indemnisation.

Cette responsabilité s’inscrit dans l’obligation de protéger la santé physique et mentale des travailleurs, prévue par l’article L. 4121-1 du Code du travail.

L’origine des interventions doit toutefois être examinée. Pour approfondir cette distinction, consultez notre article sur le travail pendant un arrêt maladie et les demandes d’indemnisation lorsque l’initiative vient du salarié.

Pour limiter les ambiguïtés, l’employeur peut prendre quelques précautions :

  • Clarifier l’objet du passage, sans demander au salarié de justifier son diagnostic. Notre dossier sur le secret médical au travail rappelle les limites applicables aux informations de santé.
  • Prévenir le responsable et les collègues concernés qu’aucune tâche ne doit lui être confiée.
  • Interrompre toute participation au travail si la visite commence à dériver vers une activité professionnelle.
  • Conserver, si nécessaire, une trace factuelle du rendez-vous, de son motif et de sa durée.

Cet écrit est une mesure de prudence. Il ne peut pas effacer la réalité des faits : qualifier un passage de « visite personnelle » ne suffit pas si le salarié a effectivement travaillé.

Une information indispensable peut toutefois être demandée

Tout échange avec l’employeur n’est pas interdit. Dans un arrêt du 18 mars 2003, n° 01-41.343, la Cour de cassation rappelle que le salarié peut devoir communiquer, à la demande de l’employeur, des informations qu’il détient et qui sont nécessaires à la poursuite de l’activité. L’affaire concernait un mot de passe informatique. Les juges devaient notamment rechercher si l’entreprise pouvait l’obtenir sans solliciter la salariée.

Cette obligation limitée ne permet pas d’exiger une disponibilité quotidienne, une passation complète ou le traitement des dossiers. Transmettre une information déjà détenue et poursuivre son travail sont deux situations différentes.

Préparer le retour : le rendez-vous de liaison est expressément prévu

Un échange avec l’employeur peut aussi avoir pour objet le maintien dans l’emploi. L’article L. 1226-1-3 du Code du travail prévoit un rendez-vous de liaison pendant la suspension du contrat, en associant le service de prévention et de santé au travail. Le seuil réglementaire est fixé à trente jours d’arrêt par l’article D. 1226-8-1.

Ce rendez-vous sert à informer le salarié sur les dispositifs permettant de préparer son retour, notamment la visite de préreprise et les possibilités d’aménagement. Il peut être organisé à l’initiative du salarié ou de l’employeur.

Le salarié peut le refuser sans qu’aucune conséquence soit tirée de ce refus. Il ne doit pas être détourné en réunion sur les objectifs commerciaux ou les dossiers en attente.

Il existe également des dispositifs permettant de tester un poste pendant l’arrêt, comme l’essai encadré. Ils répondent à des conditions médicales et administratives spécifiques : un employeur ne peut pas improviser un « essai de quelques heures » pour vérifier si le salarié est capable de revenir.

Côté salarié : protéger son arrêt et ses indemnités

Le salarié doit éviter de considérer qu’un service rendu devient acceptable parce qu’il est volontaire ou gratuit. En cas d’activité non autorisée, il s’expose notamment à devoir restituer des indemnités journalières. Service Public précise aussi que, si l’employeur l’a laissé travailler en connaissance de son arrêt, le salarié peut lui demander réparation des sommes remboursées à la caisse.

Avant un passage dans l’entreprise, quelques réflexes sont utiles :

  • Vérifier les indications de l’arrêt concernant les sorties et les activités autorisées.
  • Prévenir l’employeur du motif personnel ou administratif de la visite.
  • Demander au médecin si le déplacement ou l’activité envisagée est compatible avec ses prescriptions en cas de doute.
  • Rappeler que l’arrêt se poursuit si une tâche professionnelle est demandée.
  • Conserver les messages ou consignes reçus si l’entreprise sollicite malgré tout du travail.

L’obligation de loyauté ne signifie pas qu’il faut consulter sa messagerie et répondre aux demandes courantes pendant toute la durée de l’arrêt. La question des connexions et des sollicitations est aussi abordée dans notre article sur le droit à la déconnexion pendant un arrêt maladie.

Une sanction de la CPAM ne signifie pas automatiquement une faute disciplinaire

Il faut distinguer les obligations envers l’Assurance maladie de celles envers l’employeur.

Dans un arrêt du 12 octobre 2011, n° 10-16.649, la Cour de cassation rappelle que le non-respect des obligations envers la Sécurité sociale ne suffit pas à justifier un licenciement. L’exercice d’une activité pendant l’arrêt ne constitue pas non plus, à lui seul, un manquement à la loyauté. Pour justifier un licenciement sur ce fondement, l’acte doit causer un préjudice à l’employeur ou à l’entreprise.

Une présence dans les locaux ne permet donc pas de conclure automatiquement à une faute du salarié, ni de remettre en cause la justification médicale de son absence.

Revenir plus tôt suppose une véritable reprise organisée

Si le salarié souhaite reprendre avant le terme prévu, une visite informelle ne suffit pas. Selon Service Public, la reprise anticipée nécessite une autorisation médicale et doit être organisée avec l’employeur, informé et d’accord. L’organisme de Sécurité sociale doit être prévenu pour arrêter le versement des indemnités. En cas de subrogation, cette information incombe à l’employeur. Le médecin du travail ne peut pas, à lui seul, modifier l’arrêt prescrit.

L’employeur doit également vérifier les règles de suivi médical. Pour une maladie ou un accident non professionnel, l’article R. 4624-31 prévoit en principe une visite de reprise après une absence d’au moins soixante jours, organisée au plus tard dans les huit jours suivant la reprise effective.

Attention à la version applicable du texte : depuis le 15 juin 2026, une dispense sous conditions est prévue. Elle concerne notamment les salariés ayant bénéficié, dans les trente jours précédant leur reprise, d’une visite de préreprise concluant qu’aucun aménagement du poste ou du temps de travail n’est nécessaire.

Le médecin du travail, l’employeur ou le salarié peuvent néanmoins demander la visite.

Le décret précise son application aux arrêts délivrés à compter du 15 juin 2026. Nous détaillons les conditions permettant de dispenser le salarié d’une visite médicale de reprise dans un article dédié.

La bonne question reste donc : qu’est venu faire le salarié, et qu’a-t-il réellement fait ? Le motif annoncé, les prescriptions médicales et le déroulement du passage doivent être cohérents. Une visite de courtoisie ne constitue pas automatiquement une reprise ; une tâche professionnelle ne devient pas une simple visite parce qu’elle n’a duré que quelques minutes.

Pour aller plus loin : retrouvez tous nos articles dans le dossier Arrêt maladie.

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