
La réforme entrée en vigueur en juillet 2025, imposant une participation de 750 € pour les formations de niveau bac+3 et plus, pourrait influer sur l’orientation des contrats. Mais pour l’heure, l’alternance demeure un choix formateur, structurant, et clairement plébiscité par les entreprises comme par les jeunes.
L’année 2024 confirme la place de l’alternance dans les entreprises de proximité, avec une dynamique globalement stable, mais marquée par plusieurs inflexions. Le bilan publié par l’Opco des entreprises de proximité en octobre 2025 dresse une photographie précise des usages, des profils et des trajectoires, tout en mettant en lumière les attentes des jeunes, des entreprises et des CFA.
Au total, 170.748 contrats ont été signés dans le périmètre d’Opco EP en 2024, soit 18 % des contrats d’alternance à l’échelle nationale. Si l’apprentissage continue sa progression (+4 %), la professionnalisation recule nettement (-25 %). Une évolution qui accentue l’écart entre deux dispositifs dont les publics, les niveaux de diplômes préparés et les usages diffèrent sensiblement.
Une dynamique portée par les TPE
Comme les années précédentes, les petites structures restent le terrain naturel de l’alternance :
- 70 % des contrats sont signés dans des entreprises de moins de 11 salariés,
- 86 % dans celles de moins de 50 salariés.
Cette concentration s’explique par la nature même des métiers du champ Opco EP : artisanat, commerce de proximité, services aux particuliers. Des univers qui reposent sur la transmission directe, où le tutorat s’intègre aisément au quotidien.
Le taux d’accès varie toutefois d’un territoire à l’autre. Les Pays de la Loire et La Réunion se distinguent (jusqu’à 27 % d’entreprises ayant signé au moins un contrat en 2024), alors que d’autres régions restent plus en retrait.
Pour faciliter la lecture, voici une synthèse des régions les plus dynamiques :
Tableau indiquant le taux d’accès à l’alternance en 2024 pour plusieurs régions : La Réunion, Pays de la Loire, Île-de-France et la moyenne nationale.
| Région | Taux d’accès | Remarques |
|---|---|---|
| La Réunion | 27 % | Taux le plus élevé mentionné |
| Pays de la Loire | > 20 % | Région très dynamique |
| Île-de-France | 15 % | Part importante de contrats pro |
| France (moyenne nationale) | 19 % | Moyenne 2024 hors Pro-A |
Apprentissages en hausse, professionnalisation en retrait
L’apprentissage reste la voie privilégiée, notamment pour les formations « cœur de métier » du champ artisanal. 158.542 contrats d’apprentissage ont été signés en 2024, tandis que les contrats de professionnalisation chutent à 12 206.
La répartition par taille d’entreprise illustre différents usages :
- dans les TPE, l’apprentissage représente 96 % des contrats,
- dans les entreprises de 300 salariés et plus, la part de la professionnalisation monte à 26 %.
Cette baisse du contrat pro s’observe dans la plupart des branches, à l’exception de secteurs comme les cabinets dentaires, où son recours reste particulièrement marqué.
Les branches artisanales toujours en tête
Près d’un contrat sur deux relève des activités artisanales, suivies par les commerces et services aux entreprises (23 %). Plusieurs secteurs structurent fortement l’alternance :
- Boulangerie : 28.732 alternants
- Coiffure : 20.835
- Immobilier : 14.965
- Prestataires de services du tertiaire : 12.189
- Esthétique / cosmétique : 9.681
Certaines branches affichent une progression sensible — alimentation de détail, cabinets dentaires, fleuristes et services animaliers — tandis que d’autres reculent, à l’image de l’immobilier ou de la pharmacie d’officine.
Formations suivies : un ancrage fort dans les diplômes d’entrée dans les métiers
Les formations de niveau CAP restent dominantes : 56 % des alternants préparent un diplôme inférieur ou égal au bac.
Parmi les titres les plus suivis :
- CAP métiers de la coiffure : 9 846 alternants
- CAP pâtissier : 8 885
- CAP boulanger : 6 102
- DEUST préparateur en pharmacie : 5 894 (en baisse après plusieurs années de hausse)
- CAP esthétique : 5 106
Côté formations transversales, les BTS en management commercial opérationnel ou en négociation et digitalisation de la relation client attirent toujours un volume élevé d’alternants.
Le troisième trimestre concentre encore la majorité des débuts de contrats, même si l’on observe une légère montée des signatures au premier semestre, signe d’une diversification des rythmes de recrutement.
Des profils contrastés entre apprentissage et professionnalisation
Les deux dispositifs n’attirent pas le même public :
- L’apprenti type a 19 ans et 9 mois, prépare davantage un niveau CAP et est majoritairement un homme dans les activités artisanales.
- Le titulaire d’un contrat de professionnalisation a en moyenne 31 ans, est plus souvent une femme (75 %), et se forme surtout aux niveaux bac ou bac+2.
Les activités libérales présentent un taux de féminisation bien supérieur (87 %), tandis que les métiers artisanaux restent plus masculins, à l’exception notable de la coiffure et de l’esthétique.
L’âge joue beaucoup dans l’orientation :
- Les 15-20 ans optent massivement pour les CAP métiers de bouche ou de soin.
- Les 21-26 ans se tournent davantage vers les formations sanitaires (assistant dentaire, pharmacie).
- Les 27 ans et plus privilégient des parcours plus professionnalisants, souvent liés à un projet de reconversion.
Les trajectoires : satisfaction majoritaire, mais des difficultés persistantes
L’étude Regards Croisés, menée auprès de 3.465 alternants, apporte un éclairage qualitatif. Parmi les enseignements :
Pendant la formation :
- Le temps de trajet moyen reste élevé (42 minutes pour rejoindre l’organisme de formation).
- Un quart des alternants déclare des difficultés de financement au quotidien.
- Un tiers a rencontré un obstacle en entreprise, souvent lié à une perception différente du métier ou à la relation avec le tuteur.
Malgré cela, l’expérience reste largement positive :
- 75 % jugent leur tuteur à l’écoute,
- 87 % estiment que l’alternance a accéléré leur progression professionnelle.
À la sortie :
- Six mois après la fin du contrat, 48 % sont en emploi, 35 % encore en formation.
- 51 % se sont vu proposer un nouveau contrat par leur entreprise.
- Les ruptures, fréquentes dans certains métiers, sont principalement motivées par les conditions de travail ou l’écart entre les missions et les attentes initiales.
Du côté des entreprises et des CFA : des pratiques contrastées
Les entreprises de proximité utilisent l’alternance pour former, recruter et transmettre leurs savoir-faire. Elles citent aussi les aides de l’État comme facteur facilitateur. Leur principal canal de recrutement reste la candidature spontanée (81 %), les offres en ligne étant marginales.
Plusieurs points ressortent :
- 16 % seulement déclarent des difficultés à recruter un alternant.
- Les tuteurs sont choisis pour leur expérience mais peu formés (13 %).
- La formation des tuteurs représente un besoin identifié mais encore peu couvert par les CFA.
Les CFA, de leur côté, expriment davantage de difficultés pour trouver des alternants ou des entreprises accueillantes. Ils se mobilisent néanmoins fortement sur l’accompagnement : information, démarches administratives, visites en entreprise, aide en cas de rupture.
Une année 2024 stable mais révélatrice
Sans bouleversement majeur, 2024 montre une alternance toujours fortement ancrée dans les métiers de proximité. Le modèle fonctionne, porté par les TPE, les branches artisanales et les jeunes en formation initiale. Les ajustements — baisse du contrat pro, hausse de l’apprentissage, attentes fortes autour des conditions d’accueil et du tutorat — dessinent néanmoins des pistes de travail pour les années à venir.
La réforme entrée en vigueur en juillet 2025, imposant une participation de 750 € pour les formations de niveau bac+3 et plus, pourrait influer sur l’orientation des contrats. Mais pour l’heure, l’alternance demeure un choix formateur, structurant, et clairement plébiscité par les entreprises comme par les jeunes.
