Arrêts maladie : pourquoi la situation est bien plus grave que prévu selon une étude

Alors que le gouvernement entend durcir sa position face aux arrêts maladie courts et répétitifs, les données issues de l’étude Datascope 2026 d’AXA (31 mars 2026) apportent un éclairage plus nuancé… et potentiellement plus préoccupant. Car derrière la hausse globale de l’absentéisme, ce ne sont pas les arrêts courts qui structurent la tendance, mais bien…

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Silhouettes de deux têtes, l'une rouge avec un enchevêtrement de fil représentant le stress et l'autre bleue avec un tourbillon symbolisant la clarté mentale.
© inkdrop

Alors que le gouvernement entend durcir sa position face aux arrêts maladie courts et répétitifs, les données issues de l’étude Datascope 2026 d’AXA (31 mars 2026) apportent un éclairage plus nuancé… et potentiellement plus préoccupant.

Car derrière la hausse globale de l’absentéisme, ce ne sont pas les arrêts courts qui structurent la tendance, mais bien l’explosion des arrêts longs et la dégradation continue de la santé mentale au travail.

Un constat qui interroge directement la pertinence des réponses politiques envisagées.

Un absentéisme qui atteint un nouveau record… tiré par les arrêts longs

Selon l’étude AXA, fondée sur l’analyse de plus de 3 millions de salariés du secteur privé, le taux d’absentéisme atteint 4,8 % en 2025.

Il progresse encore de 5 % sur un an et affiche surtout une hausse de 50 % par rapport à 2019 .

Cette progression continue confirme l’absence de retour à un “niveau d’équilibre” post-Covid, contrairement à ce qui avait pu être anticipé.

Mais surtout, c’est l’absentéisme même qui évolue. L’étude montre que les arrêts de longue durée (supérieurs à deux mois) représentent désormais plus des deux tiers du taux global .

À l’inverse, les arrêts très courts (1 à 3 jours), souvent au cœur du débat public, restent très minoritaires dans leur impact global. Ils représentent certes 44 % des arrêts en volume, mais pèsent pour moins de 0,2 % du taux d’absentéisme .

Autrement dit, le sujet n’est pas tant la fréquence des arrêts que leur durée.

Ce décalage entre perception et réalité constitue l’un des apports majeurs de l’étude AXA, et il éclaire différemment les annonces gouvernementales récentes.

Une recomposition des populations touchées

Autre enseignement : l’absentéisme ne se concentre plus uniquement sur les catégories historiquement les plus exposées.

Deux populations connaissent aujourd’hui une dégradation particulièrement rapide :

  • les jeunes actifs
  • les cadres.

Les moins de 35 ans enregistrent une hausse allant jusqu’à +11 % sur un an, avec une progression particulièrement marquée chez les 30-35 ans .

De leur côté, les cadres voient leur absentéisme augmenter de +8 %, confirmant une tendance déjà amorcée en 2024.

Ces évolutions traduisent un phénomène de “rattrapage”. Des populations jusque-là relativement préservées convergent désormais vers les niveaux observés chez les autres salariés.

Chez les jeunes, la dynamique est particulièrement atypique. Ils cumulent à la fois un recours accru aux arrêts très courts (notamment en lien avec des épisodes épidémiques) mais aussi une hausse des arrêts longs.

Ils atteignent même un niveau de 105 arrêts pour 100 salariés sur un an, un chiffre sans équivalent dans les autres tranches d’âge .

Chez les cadres, la transformation est tout aussi notable. La durée moyenne des arrêts maladie y devient supérieure à celle des non-cadres, une première selon AXA.

Cette évolution s’explique notamment par la progression des arrêts très longs.

Plus inquiétant encore, une catégorie spécifique se détache : les hommes cadres de 30 à 45 ans. Leur absentéisme bondit de +16 % en un an, sous l’effet d’une forte augmentation des arrêts de plus de six mois (+38 %) .

La santé mentale, moteur principal des arrêts de longue durée

C’est sans doute le signal le plus structurant de l’étude AXA : les troubles psychologiques deviennent la première cause des arrêts de travail longs.

Leur part progresse encore de près de 8 % en 2025, soit la plus forte hausse observée ces dernières années .

Cette évolution est particulièrement marquée chez les jeunes. Pour les moins de 30 ans, plus d’un arrêt long sur deux est désormais lié à des troubles psychologiques .

Chez les 30-35 ans, la proportion atteint même 54 %, ce qui en fait la catégorie la plus touchée en valeur absolue.

Conséquence directe : l’âge moyen de survenue de ces troubles diminue. Il passe à 40 ans en 2025, contre 43,3 ans en 2019 .

Ce basculement confirme que la question de la santé mentale au travail n’est plus périphérique. Elle devient centrale dans la compréhension des arrêts maladie.


Un décalage entre diagnostic et réponse publique

Mis en perspective avec les annonces gouvernementales sur les arrêts courts, ces résultats interrogent.

Car si les arrêts de courte durée sont bien plus visibles (et parfois plus faciles à encadrer) ils ne constituent pas le principal facteur de dérive de l’absentéisme.

L’étude AXA montre au contraire que ce sont les arrêts longs, souvent liés à des troubles psychologiques ou à des situations complexes, qui concentrent l’essentiel des enjeux.

Autrement dit, une politique centrée uniquement sur les arrêts courts risque de passer à côté du phénomène structurel.

Cela ne signifie pas que ces arrêts doivent être ignorés. Chez les jeunes notamment, ils traduisent une évolution des comportements et une sensibilité accrue aux aléas sanitaires.

Mais ils apparaissent davantage comme un symptôme que comme une cause profonde.


Des transformations du travail qui amplifient les tensions

Au-delà des données d’absentéisme, l’étude AXA met en évidence des évolutions du marché du travail.

  • Chez les moins de 30 ans, la part de salariés en CDI recule pour atteindre 60,5 % en 2025 . Parallèlement, leur accès au statut cadre diminue.
  • À l’autre extrémité de la pyramide des âges, les seniors quittent plus tard le marché du travail. L’âge moyen de départ à la retraite passe de 61,3 à 62,5 ans entre 2019 et 2025 .

Ces évolutions modifient profondément les équilibres internes des entreprises, générant des tensions accrues, notamment sur les populations intermédiaires, déjà fortement exposées.


Un enjeu opérationnel majeur pour les TPE et PME

Pour les petites et moyennes entreprises, ces tendances ne sont pas théoriques.

Les arrêts longs y sont particulièrement difficiles à absorber, faute de ressources internes pour organiser des remplacements ou réaménager les postes.

La montée des troubles psychologiques pose également de nouveaux défis en matière de management, de prévention et d’accompagnement.

Certaines entreprises commencent à structurer des réponses, en misant sur la prévention, la formation des managers ou encore des dispositifs de retour progressif après arrêt.

Mais ces pratiques restent encore inégalement diffusées, notamment dans les entreprises de petite taille.


À mesure que les pouvoirs publics cherchent à encadrer davantage les arrêts maladie, les données du Datascope 2026 d’AXA rappellent une réalité plus complexe : l’absentéisme ne se résume pas à une question de contrôle.

Il s’inscrit dans des transformations profondes du travail, des attentes des salariés et de leur état de santé, en particulier mentale.

Un constat qui invite à élargir le regard… et à repenser les leviers d’action, bien au-delà des seuls arrêts courts.

Pourquoi les arrêts longs coûtent beaucoup plus que les arrêts courts

Un arrêt court est visible, fréquent… mais peu désorganisant.
Un arrêt long, lui, crée un effet domino :

  • désorganisation durable des équipes
  • surcharge pour les collègues
  • recours à des remplacements coûteux
  • perte de compétences clés

Résultat : quelques arrêts longs peuvent peser davantage que des dizaines d’arrêts courts sur une année.

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