
Au premier regard, les chiffres publiés par la Dares sont rassurants (août 2026). Les salaires de base continuent d’augmenter dans le secteur privé au deuxième trimestre 2026. Pourtant, une fois l’inflation prise en compte, le constat est bien moins favorable : le gain réel de pouvoir d’achat dépasse à peine quelques dixièmes de point.
- Pour les dirigeants, cette situation est délicate. Beaucoup ont accordé des revalorisations ces derniers mois afin de fidéliser leurs équipes ou de suivre les évolutions du marché.
- De leur côté, certains salariés ont pourtant le sentiment que leur fiche de paie ne leur permet pas de vivre beaucoup mieux qu’il y a un an.
Les salaires poursuivent leur progression
Selon les résultats provisoires de la Dares, le salaire mensuel de base progresse de 0,7 % au deuxième trimestre 2026. Sur douze mois, la hausse atteint 1,9 % pour l’ensemble des salariés du secteur privé. Le salaire horaire de base des ouvriers et des employés augmente quant à lui de 2,1 % sur un an.
- Ces données concernent les entreprises privées de dix salariés ou plus, hors agriculture, particuliers employeurs et activités extraterritoriales.
- À première vue, les rémunérations repartent donc dans une dynamique plus soutenue qu’au trimestre précédent.
Le pouvoir d’achat ne progresse presque plus
L’image change lorsque ces évolutions sont comparées à l’inflation.
Sur la même période, les prix à la consommation ont augmenté de 1,7 %. Une fois cette hausse des prix déduite, les salaires n’affichent plus qu’une progression de 0,2 % pour le salaire mensuel de base et de 0,3 % pour le salaire horaire des ouvriers et employés.
Autrement dit, une grande partie des augmentations accordées par les employeurs sert à compenser la hausse du coût de la vie plutôt qu’à améliorer réellement le niveau de vie des salariés.
Cette situation peut alimenter une forme d’incompréhension dans les entreprises : les employeurs constatent une hausse de leur masse salariale, tandis que certains collaborateurs estiment que leur pouvoir d’achat évolue peu.
Les employés bénéficient des plus fortes augmentations
Toutes les catégories professionnelles ne connaissent pas la même évolution.
- Sur un an, les employés enregistrent la progression la plus élevée avec +2,3 %.
- Les ouvriers et les cadres affichent chacun +1,8 %, tandis que les professions intermédiaires atteignent +1,7 %.
Il s’agit bien du rythme de progression des salaires et non du niveau de rémunération. Les cadres restent naturellement les mieux rémunérés, mais leurs salaires augmentent moins vite que ceux des employés.
La construction reste en retrait
Les différences apparaissent également selon les secteurs d’activité.
L’industrie affiche une progression annuelle de 2,1 %, le tertiaire de 1,9 %, tandis que la construction se limite à 1,8 %. Une fois corrigée de l’inflation, la rémunération dans la construction apparaît stable en euros constants.
Pour les entreprises du bâtiment, qui continuent de composer avec une activité plus hésitante, cette évolution traduit une marge de manœuvre plus réduite pour faire progresser les rémunérations.
Les TPE confrontées à un exercice d’équilibre
Depuis plusieurs années, les dirigeants de petites entreprises doivent composer avec plusieurs contraintes simultanées : inflation, tensions de recrutement, hausse des coûts de production et attentes salariales.
Accorder une augmentation représente un effort financier réel. Pourtant, lorsque cette revalorisation est absorbée par la hausse des prix, elle peut laisser les salariés sur leur faim.
Cette réalité complique les négociations salariales, notamment dans les métiers où les difficultés de recrutement restent importantes.
Évolution des salaires dans le privé : cinq années qui ont changé la donne
2021
Les salaires progressent peu tandis que l’économie redémarre progressivement après la crise sanitaire.
2022
L’envolée de l’inflation dépasse largement les augmentations salariales. Le pouvoir d’achat recule pour de nombreux salariés.
2023
Les entreprises accélèrent les revalorisations afin de suivre la hausse des prix et de conserver leurs collaborateurs.
2024-2025
L’inflation ralentit progressivement. Les augmentations de salaire retrouvent davantage d’efficacité pour préserver le pouvoir d’achat.
2026
Les salaires de base progressent de 1,9 % à 2,1 % sur un an, mais une fois l’inflation déduite, le gain réel tombe à seulement 0,2 % à 0,3 %.
Source : Dares, enquête Acemo – évolution des salaires de base dans le secteur privé.
