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Commerces ouverts le samedi, services du soir, journées qui s’allongent : une expertise de l’Anses publiée en septembre 2026 documente les effets des horaires atypiques sur la santé et la vie familiale. L’agence appelle les entreprises à examiner la nécessité de ces organisations et à mieux protéger les travailleurs concernés.
- Fermer plus tard pour servir les clients, démarrer tôt pour assurer une livraison ou concentrer l’activité sur quelques longues journées : ces choix façonnent les plannings de nombreuses petites entreprises. Leur coût se mesure aussi en sommeil, en fatigue et en temps partagé avec les proches.
- Dans son avis daté du 25 août 2026, accompagné d’un rapport publié en septembre, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) examine les horaires atypiques autres que le travail de nuit. Sa conclusion invite à revoir les habitudes : ces horaires doivent être considérés comme des facteurs de risque professionnels à part entière.
Quels horaires sont concernés ?
- Le week-end : travail le samedi, le dimanche ou les deux jours.
- Les horaires longs : plus de 8 heures de travail effectif par jour et/ou plus de 40 heures par semaine.
- Les horaires décalés : travail réalisé au moins en partie entre 5 h et 8 h ou entre 19 h et minuit, avec ou sans coupures ; équipes en 2 × 8 sans travail de nuit.
Ces repères servent à l’analyse scientifique. Ils ne constituent ni de nouveaux plafonds légaux ni une interdiction de travailler après 19 heures. Le travail de nuit a fait l’objet d’une expertise distincte en 2016.
Une majorité d’actifs concernés, selon des données de 2019
L’Anses estime qu’entre 56 % et 76 % des actifs en emploi étaient exposés à au moins une des formes étudiées au moment de l’enquête Conditions de travail 2019 de la Dares. Cette fourchette varie selon les hypothèses retenues, notamment la fréquence du travail le week-end et la durée des pauses déduites des journées longues.
Il ne s’agit donc pas d’une mesure de l’exposition en 2026. Le rapport montre aussi le cumul des contraintes : entre 18 % et 31 % des actifs étaient concernés par deux catégories d’horaires atypiques ; entre 5 % et 16 % par les trois.
Cette accumulation mérite l’attention des employeurs. Un salarié qui travaille le samedi peut également terminer tard plusieurs soirs et effectuer de longues journées. Examiner chaque contrainte séparément donne alors une image incomplète de son organisation de travail.
Longues journées : des liens documentés avec le cœur, l’anxiété et le sommeil
Les horaires longs constituent le domaine le mieux documenté de cette expertise. Les études analysées montrent un lien avec les maladies cardiovasculaires, notamment les maladies coronariennes et les accidents vasculaires cérébraux. Elles montrent aussi une association avec les symptômes d’anxiété, qui augmentent avec le nombre d’heures travaillées.
Le sommeil est également affecté : réduction de sa durée, dégradation de sa qualité et davantage de troubles, dont l’insomnie. Les experts évoquent notamment le stress chronique et le manque de sommeil parmi les mécanismes susceptibles d’expliquer les effets cardiovasculaires.
D’autres résultats sont moins fermement établis. Les études suggèrent des effets défavorables sur la santé métabolique et reproductive, la vie familiale et la fréquence des accidents du travail. Une augmentation du risque de dépression apparaît notamment pour les semaines de plus de 55 heures. Ce constat ne signifie pas qu’un horaire inférieur serait dépourvu de risque.
Le week-end pèse d’abord sur la vie personnelle
Pour le travail le samedi ou le dimanche, les études montrent surtout une difficulté accrue à articuler vie professionnelle et vie familiale. Les jours de repos du salarié ne coïncident plus nécessairement avec ceux de son conjoint, de ses enfants ou de ses amis.
Les travaux suggèrent aussi des effets sur la santé mentale, le sommeil, les douleurs, la fatigue et les accidents. Mais les experts soulignent le faible nombre d’études dédiées et leurs limites méthodologiques. Présenter tous ces effets comme également démontrés ferait perdre une distinction essentielle du rapport.
Après 19 heures, un repère scientifique plutôt qu’un seuil de danger
Le travail en soirée est associé, dans les études disponibles, à une dégradation possible de la vie sociale et familiale. Les prises de poste matinales semblent particulièrement défavorables à la durée et à la qualité du sommeil. Des effets sur la santé mentale et cardiovasculaire sont également suggérés.
Le rapport ne démontre pas qu’un salarié qui termine ponctuellement à 19 h 15 subit automatiquement un dommage. La diversité des horaires, les autres contraintes du travail et les caractéristiques individuelles compliquent l’interprétation. Les préférences biologiques pour le matin ou le soir sont notamment encore peu prises en compte dans les études.
Ce que cette expertise permet de dire
Les experts ont analysé en détail 491 publications et en ont retenu 172, jugées pertinentes et de qualité méthodologique suffisante. Les études disponibles sont observationnelles : elles identifient des associations, dont la solidité varie selon les effets et les horaires. L’expertise mobilise aussi l’enquête Conditions de travail 2019, la cohorte Constances et l’analyse d’accords d’entreprise.
Elle distingue les effets montrés, les effets suggérés et ceux sur lesquels les données ne permettent pas de conclure. L’absence de conclusion ne prouve pas l’absence de risque.
Avant de modifier les plannings, examiner la nécessité
L’Anses recommande de limiter le recours régulier aux horaires atypiques. Elle demande aux organisations d’expliciter les nécessités et les avantages attendus, puis de les mettre en regard des effets néfastes documentés.
Pour une TPE, cette démarche peut se traduire par des questions concrètes : quelle activité nécessite réellement une fermeture tardive ? Toute l’équipe doit-elle rester jusqu’à la fin ? Une tâche administrative peut-elle être déplacée en journée ? Il s’agit d’exemples d’application à discuter dans l’entreprise, et non de mesures universelles prescrites par le rapport.
L’agence propose une étude préalable aux changements d’organisation. Cette proposition vise à rendre visibles les bénéfices attendus et les conséquences possibles, y compris pour la vie familiale. Elle doit être distinguée d’une nouvelle formalité obligatoire créée par l’avis.
Cinq points à examiner dans une petite entreprise
- Décrire les horaires réellement pratiqués : débuts et fins de poste, durées effectives, coupures, week-ends travaillés et cumul des contraintes.
- Préparer les plannings suffisamment tôt : recueillir les souhaits des salariés et tenir compte des contraintes familiales et de transport.
- Éviter de concentrer les horaires atypiques : vérifier que les mêmes personnes ne supportent pas durablement toutes les plages contraignantes.
- Prévoir la récupération : examiner les compensations en temps et les possibilités de retour à des horaires standards.
- Adapter les tâches et la prévention : apprécier la charge physique, l’attention requise et les autres risques avec le service de prévention et de santé au travail.
Cette liste traduit les recommandations du rapport en points de discussion. Leur mise en œuvre dépend de l’activité et de la situation de l’entreprise.
Les dirigeants et les indépendants sont aussi concernés
L’Anses attire l’attention sur les travailleurs indépendants, dont une partie importante n’est pas couverte par les dispositions du Code du travail. Ses recommandations d’information concernent aussi les dirigeants exposés.
Pour un patron de TPE, assurer la journée de production puis traiter les devis le soir prolonge le travail réel. L’expertise invite à prendre en compte ces expositions, même lorsqu’elles échappent à un planning salarié. TPE Actu a également consacré un article à la fatigue, au stress et au sommeil des artisans du bâtiment.
Un appel à mieux encadrer ces horaires
Lorsque les horaires atypiques ne peuvent être évités, l’Anses propose d’en renforcer l’encadrement. Elle évoque notamment l’application de certaines protections prévues pour le travail de nuit, comme un suivi médical adapté ou des dispositions spécifiques pour les femmes enceintes.
Ces propositions s’adressent aux pouvoirs publics et aux partenaires sociaux. L’avis ne crée pas, à lui seul, de nouveaux droits à compensation ou à retraite. Il fournit en revanche des éléments pour revoir les plannings et la prévention, en tenant compte du cumul des horaires et des expositions au fil de la carrière.
Le rapport appelle ainsi à considérer ensemble les heures travaillées, les tâches demandées et les possibilités de récupération. Une démarche qui rejoint la réflexion sur les aménagements de poste et le recours à la médecine du travail.
Sources et méthode
- Anses : avis et rapport d’expertise collective, septembre 2026. Article rédigé à partir du document intégral : avis, pages 3 à 4 pour la méthode, 7 à 10 pour les définitions et résultats, 12 à 17 et 22 à 24 pour les recommandations.
- INRS : présentation de l’expertise et pistes de prévention, mise à jour le 11 septembre 2026. Complément pratique au rapport de l’Anses.
