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Canicule au travail : prime, indemnisation… ce que votre employeur doit vraiment vous verser

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11–16 minutes
©Jan van der Wolf / Pexels via canva.com

Quand les températures s’envolent, une question revient chez les salariés : peut-on réclamer une prime pour travailler sous la chaleur ?

  • La réponse est moins simple qu’un « oui » ou un « non ». Le Code du travail ne prévoit pas de prime canicule versée automatiquement à tous les salariés.
  • En revanche, certaines conventions collectives prévoient bien des primes liées au travail dans une ambiance chaude.
  • Et, dans certaines situations exceptionnelles, un salarié peut aussi bénéficier d’une indemnisation lorsque l’activité est interrompue.
  • Depuis le 1er juillet 2025, la réglementation encadre par ailleurs beaucoup plus précisément la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense.

Il n’existe pas de prime canicule pour tous les salariés

Il faut d’abord écarter une idée très répandue : une vigilance orange ou rouge ne déclenche pas automatiquement une prime sur la fiche de paie.

Le Code du travail ne prévoit aucun montant forfaitaire à verser à un salarié qui travaille pendant une canicule. Le dispositif créé par le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 porte avant tout sur la prévention et la protection de la santé au travail.

Cela ne signifie toutefois pas qu’aucune compensation financière n’existe.

Une prime peut être prévue par :

  • une convention collective nationale ;
  • un accord de branche ;
  • un accord d’entreprise ;
  • le contrat de travail ;
  • un usage dans l’entreprise ;
  • ou une décision volontaire de l’employeur.

Le salarié doit donc commencer par identifier la convention collective applicable à son entreprise.

À retenir
Il n’existe pas de « prime canicule » légale et universelle. En revanche, certaines conventions collectives prévoient une prime de chaleur lorsque le salarié travaille dans des conditions de température déterminées.

Certaines conventions collectives prévoient bien une prime de chaleur

C’est l’un des points les plus méconnus.

Par exemple, la convention collective nationale des 5 branches industries alimentaires diverses prévoit une « prime de froid et de chaleur ».

Elle est attribuée aux salariés travaillant dans une atmosphère dont la température artificielle ambiante est supérieure à 35 °C, ou inférieure à –5 °C.

Pour certaines entreprises relevant du code d’activité 10.52Z, le seuil de chaleur est fixé à 36 °C.

La convention prévoit également des règles selon la durée d’exposition : à partir de deux heures dans ces conditions, la prime est calculée sur une demi-journée ; à partir de quatre heures, elle est calculée sur une journée. Son montant correspond à 6 % de l’équivalent horaire du niveau 1 échelon 2 du barème d’assiette de primes prévu par la convention.

Attention : ces seuils de 35 °C ou 36 °C ne sont pas des seuils fixés par le Code du travail. Ils résultent de cette convention collective.

35 °C : attention à la confusion
Le Code du travail ne dit pas qu’un salarié doit être payé davantage dès que la température dépasse 35 °C. Ce seuil peut ouvrir un droit dans certaines conventions collectives, mais il ne constitue pas un seuil légal général.

Le Code du travail ne fixe d’ailleurs pas de température maximale de travail

Il existe une autre idée reçue : celle selon laquelle il serait interdit de travailler au-delà de 30 °C ou 35 °C.

Ce n’est pas ce que prévoit le droit français.

L’INRS rappelle qu’aucune température maximale générale au-delà de laquelle il serait interdit de travailler n’est fixée par le Code du travail. Les valeurs de 30 °C pour une activité sédentaire et de 28 °C pour une activité physique peuvent servir de repères pour agir en prévention, mais il ne s’agit pas de seuils légaux déclenchant automatiquement un arrêt du travail.

La situation doit être appréciée en fonction de plusieurs paramètres : température, humidité, activité physique, durée d’exposition, environnement de travail, équipements portés et état de santé des salariés.

Depuis 2025, le Code du travail parle d’« épisode de chaleur intense »

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 a créé un chapitre spécifique du Code du travail consacré à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense.

L’article R. 4463-1 définit l’épisode de chaleur intense en se référant au dispositif de vigilance « canicule » de Météo-France.

Trois niveaux sont concernés :

  • vigilance jaune : pic de chaleur ;
  • vigilance orange : canicule ;
  • vigilance rouge : canicule extrême.

Les niveaux jaune, orange et rouge constituent un « épisode de chaleur intense » au sens du Code du travail. En revanche, les règles d’indemnisation spécifiques au BTP concernent les périodes de canicule correspondant aux niveaux orange et rouge.

Ce que l’employeur doit faire pendant une forte chaleur

La grande nouveauté du dispositif n’est donc pas une prime : c’est l’obligation de prévention.

L’article R. 4463-2 du Code du travail impose à l’employeur d’évaluer les risques liés à la chaleur, aussi bien pour les postes en intérieur qu’en extérieur. Lorsque cette évaluation fait apparaître un risque pour la santé ou la sécurité, des mesures de prévention doivent être prévues.

L’article R. 4463-3 cite plusieurs mesures possibles :

  • modifier les procédés de travail pour réduire l’exposition ;
  • aménager les postes et les locaux ;
  • adapter les horaires ;
  • prévoir des périodes de repos ;
  • réduire le rayonnement solaire ;
  • limiter l’accumulation de chaleur dans les locaux ;
  • augmenter la quantité d’eau fraîche disponible ;
  • choisir des équipements adaptés ;
  • fournir des équipements de protection appropriés ;
  • informer et former les salariés sur les risques liés à la chaleur.

L’employeur doit également fournir une quantité suffisante d’eau potable fraîche et prévoir les moyens permettant de la maintenir au frais à proximité des postes de travail, notamment lorsque les salariés travaillent à l’extérieur.

Les salariés vulnérables doivent bénéficier de mesures adaptées

La réglementation prévoit aussi un traitement particulier pour les travailleurs dont la vulnérabilité aux fortes chaleurs est connue.

L’article R. 4463-5 prévoit que lorsqu’un employeur est informé qu’un salarié est particulièrement vulnérable aux risques liés à la chaleur, notamment en raison de son âge ou de son état de santé, il doit adapter les mesures de prévention en lien avec le service de prévention et de santé au travail.

Le texte ne prévoit donc pas une prime supplémentaire pour ces salariés. Il prévoit une adaptation des conditions de travail destinée à protéger leur santé.

Que se passe-t-il si la chaleur devient dangereuse ?

La réglementation ne s’arrête pas à la fourniture d’eau et à l’aménagement des horaires.

L’employeur doit prévoir les modalités permettant de signaler rapidement l’apparition de signes préoccupants, de malaise ou de détresse et organiser les secours, notamment pour les salariés isolés ou éloignés. C’est prévu par l’article R. 4463-6 du Code du travail.

En cas d’intensification de la chaleur, les mesures doivent être adaptées. C’est ce que prévoit l’article R. 4463-7.

La question n’est donc pas simplement de savoir si l’entreprise verse une prime. Elle est aussi de savoir si elle a réellement adapté les conditions de travail.

BTP : la canicule peut ouvrir droit à une indemnisation

C’est le cas le plus important à connaître.

Le régime des intempéries du BTP permet d’indemniser les salariés lorsque des conditions atmosphériques rendent le travail dangereux ou impossible.

L’article L. 5424-8 du Code du travail considère comme intempéries les conditions atmosphériques qui rendent dangereux ou impossible l’accomplissement du travail, notamment pour des raisons de santé ou de sécurité.

Depuis 2024, l’article D. 5424-7-1 vise explicitement les périodes de canicule parmi les conditions atmosphériques pouvant relever de ce régime.

L’arrêté du 27 mai 2025 précise que les périodes de canicule correspondant aux niveaux de vigilance orange et rouge constituent des conditions atmosphériques susceptibles d’ouvrir droit à l’indemnisation des arrêts de travail pour intempéries dans les entreprises du BTP.

Il ne s’agit donc toujours pas d’une « prime canicule ».

Il s’agit d’un dispositif d’indemnisation des arrêts de travail liés aux intempéries, spécifique au BTP.

BTP : le cas particulier
Vigilance orange ou rouge + conditions rendant le chantier dangereux ou impossible = le régime d’indemnisation des intempéries peut être mobilisé. L’entreprise doit effectuer les démarches auprès de la caisse de congés intempéries du BTP.

Le ministère du Travail précise que les entreprises du BTP doivent s’adresser prioritairement à la Caisse de congés intempéries du BTP lorsqu’une vague de chaleur rend le chantier dangereux ou impossible. L’activité partielle n’intervient qu’en second lieu si la prise en charge au titre des intempéries n’est pas possible.

BTP : l’eau fait aussi l’objet d’une règle particulière

Le Code du travail prévoit une disposition spécifique aux chantiers.

L’article R. 4534-143 impose à l’employeur de fournir de l’eau potable et fraîche aux travailleurs. Lorsqu’il est impossible d’installer l’eau courante, la quantité mise à disposition doit atteindre au moins 3 litres par jour et par travailleur.

Cette règle concerne le BTP. Elle ne doit pas être transformée en règle générale selon laquelle tous les employeurs seraient légalement tenus de fournir exactement trois litres par salarié.

Pour les autres activités, l’article R. 4463-4 impose une quantité d’eau fraîche suffisante, adaptée aux conditions de travail.

Les entreprises peuvent aussi avoir recours à l’activité partielle

Une autre possibilité existe lorsque la chaleur provoque une baisse ou une interruption temporaire de l’activité.

Dans une instruction consacrée aux vagues de chaleur, le ministère du Travail précise qu’un employeur contraint de réduire ou de suspendre temporairement son activité en raison d’une vague de chaleur placée en vigilance orange ou rouge peut demander le bénéfice de l’activité partielle au titre des « circonstances exceptionnelles ».

Mais cette possibilité n’est pas automatique.

L’employeur doit démontrer le caractère exceptionnel de l’épisode et le lien direct entre celui-ci et la baisse ou l’arrêt de l’activité. La demande est examinée au cas par cas par l’administration.

Pour les entreprises du BTP, le régime des intempéries doit être examiné en priorité.

Et si le salarié ne peut pas se rendre au travail ?

La chaleur peut aussi empêcher un salarié de se rendre normalement sur son lieu de travail ou d’y arriver à l’heure.

En dehors du régime spécifique du BTP, une absence liée aux conditions météorologiques n’est pas automatiquement rémunérée. Une convention collective ou un accord peut toutefois prévoir des dispositions plus favorables.

Il faut donc distinguer :

  • Le salarié travaille malgré la chaleur : pas de prime légale générale, mais les mesures de prévention doivent être mises en place.
  • L’entreprise réduit ou suspend son activité : l’activité partielle peut éventuellement être demandée dans certaines circonstances exceptionnelles.
  • Le salarié du BTP est privé de travail en raison de la canicule : le régime des intempéries peut s’appliquer lorsque les conditions réglementaires sont réunies.
  • Une convention collective prévoit une prime de chaleur : le salarié peut bénéficier de cette prime selon les conditions prévues par le texte applicable.

Le droit de retrait peut-il être utilisé pendant une canicule ?

Oui, mais la chaleur ne donne pas automatiquement droit au retrait.

L’article L. 4131-1 du Code du travail permet au salarié d’alerter immédiatement son employeur lorsqu’il a un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Il peut alors se retirer de cette situation.

Le simple fait qu’il fasse très chaud ne suffit donc pas, à lui seul, à déclencher ce droit.

La situation doit être appréciée concrètement : température, activité physique, exposition directe au soleil, absence d’eau, impossibilité de se protéger de la chaleur, état de santé du salarié, mesures déjà prises par l’employeur, etc.

Le droit de retrait doit donc être distingué d’un simple refus de travailler parce que la température est inconfortable.

Quels métiers sont les plus exposés à la chaleur ?

Tous les salariés peuvent être concernés lors d’une vague de chaleur. Mais certains métiers cumulent plusieurs facteurs aggravants.

L’INRS cite notamment les activités du BTP, des travaux publics, de l’agriculture et des transports pour les travaux réalisés en extérieur. Les salariés travaillant dans les fonderies, aciéries, hauts fourneaux, ateliers de soudure, cuisines, blanchisseries ou conserveries peuvent, eux, être confrontés à des températures élevées même sans canicule.

En 2026, l’INRS a également publié des fiches de prévention consacrées à six grands domaines : travail de bureau, BTP et activités extérieures, commerce et restauration, industrie et ateliers, aide à la personne, transport et logistique.

La chaleur ne concerne donc pas uniquement les personnes qui travaillent en plein soleil.

Les métiers particulièrement exposés
BTP et travaux publics • agriculture • travaux forestiers • transport et logistique • livraison • restauration et cuisines • commerce • industrie • fonderies et aciéries • blanchisseries • conserveries • aide à la personne • travaux en extérieur.

Agriculture : des règles de prévention renforcées

Les salariés agricoles sont également concernés par les nouvelles règles relatives aux épisodes de chaleur intense.

Le ministère de l’Agriculture rappelle que les employeurs relevant du régime agricole doivent évaluer les risques liés aux fortes chaleurs et mettre en place les mesures adaptées : modification des horaires, mise à disposition d’eau, équipements de protection, adaptation de l’organisation du travail, information des salariés.

Pour les travaux de moisson, le ministère recommande notamment de privilégier les horaires du début et de la fin de journée afin de réduire l’exposition aux températures les plus élevées.

Là encore, il n’existe pas de prime canicule générale applicable à tous les salariés agricoles. Il faut vérifier les dispositions de la convention collective applicable.

La chaleur peut-elle donner droit à une augmentation de salaire ?

Oui dans certains cas, mais pas parce que le thermomètre dépasse un seuil national.

Une prime peut être due si elle est prévue par un texte applicable au salarié.

L’exemple des industries alimentaires montre pourquoi il est important de consulter sa convention collective : certaines dispositions conventionnelles peuvent prévoir une prime lorsque le salarié travaille dans une ambiance dépassant un certain niveau de température.

D’autres conventions peuvent prévoir des indemnités ou des majorations liées à des conditions particulières de travail.

Il faut donc rechercher le terme « chaleur », « température », « prime d’incommodité », « conditions de travail » ou « sujétions particulières » dans le texte applicable.

Ce qu’un salarié doit vérifier avant de réclamer une « prime canicule »

Avant d’envoyer une demande à son employeur, mieux vaut vérifier cinq éléments :

  1. La convention collective applicable à l’entreprise.
  2. Les accords d’entreprise éventuellement conclus.
  3. Le contrat de travail, qui peut prévoir une prime particulière.
  4. Les conditions réelles de travail : température, exposition, durée, activité physique, horaires.
  5. Les mesures mises en place par l’employeur pendant l’épisode de chaleur.

Pour une convention collective, le numéro IDCC permet de retrouver plus facilement les dispositions applicables.

Prime, indemnisation ou protection : trois situations à ne pas confondre

La question « ai-je droit à une prime canicule ? » cache en réalité trois régimes très différents.

  • La prime de chaleur dépend d’un texte conventionnel, d’un accord, du contrat ou d’une décision de l’employeur. Elle n’est pas prévue pour tous les salariés par la loi.
  • L’indemnisation des intempéries concerne notamment les salariés du BTP lorsque les conditions réglementaires permettant l’arrêt du chantier sont réunies. Les périodes de vigilance orange et rouge sont désormais expressément prises en compte pour la canicule.
  • La prévention de la chaleur concerne beaucoup plus largement les travailleurs. Depuis le 1er juillet 2025, l’employeur doit intégrer le risque lié aux épisodes de chaleur intense dans son évaluation et prévoir des mesures adaptées.
Le point à retenir
Une canicule ne déclenche pas automatiquement une prime sur la fiche de paie. En revanche, elle peut entraîner des obligations renforcées pour l’employeur, une indemnisation des arrêts pour intempéries dans le BTP, une demande d’activité partielle dans certaines situations exceptionnelles et, dans certaines branches, le versement d’une véritable prime de chaleur.

Pourquoi le bulletin de paie n’est pas le seul endroit à regarder

Lorsqu’un salarié pense avoir droit à une compensation financière liée à la chaleur, il ne doit donc pas se limiter à rechercher « prime canicule » dans son contrat.

La réponse peut se trouver dans la convention collective, dans un accord d’entreprise ou dans les dispositions relatives aux primes et indemnités pour conditions particulières de travail.

Et dans certaines situations, la réponse ne sera pas financière : le droit impose d’abord à l’employeur de réduire l’exposition à la chaleur et de protéger la santé des salariés.

Depuis le 1er juillet 2025, cette obligation est explicitement inscrite dans le Code du travail à travers les articles R. 4463-1 à R. 4463-8.

Sources principales utilisées : Code du travail, Légifrance, ministère du Travail, ministère de l’Agriculture et INRS. Les textes cités sont ceux en vigueur en 2026.

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