
Elles ont travaillé, élevé des enfants, parfois interrompu leur carrière sans que ces périodes soient réellement prises en compte pour leur retraite. Les mesures annoncées en 2026 arrivent trop tard pour nombre de ces femmes, dont les parcours rappellent que les inégalités professionnelles laissent des traces bien au-delà de la vie active.
En 2026, devenir mère continue d’avoir des conséquences sur la vie professionnelle. Carrières interrompues, temps partiel, évolutions salariales plus lentes, écarts de rémunération… Ces réalités, largement documentées par les statistiques publiques, se retrouvent des années plus tard au moment de la retraite.
- C’est dans ce contexte que le Gouvernement annonce deux nouvelles mesures destinées à mieux prendre en compte la parentalité dans le calcul des droits à la retraite.
- À compter du 1er septembre 2026, certaines mères pourront plus facilement bénéficier d’un départ anticipé pour carrière longue.
- Depuis le 1er janvier 2026, le calcul de leur pension est également devenu plus favorable.
Derrière ces ajustements techniques se cache une question plus large : pourquoi faut-il encore, en 2026, corriger à la retraite les conséquences d’inégalités qui prennent naissance pendant la vie active ?
La retraite ne fait que refléter les inégalités de carrière
Le système français de retraite repose sur un principe simple : plus une carrière est longue et rémunérée, plus les droits sont importants.
Le problème est que les carrières des femmes restent, en moyenne, différentes de celles des hommes.
Selon les travaux de la Drees, de l’Insee et du Conseil d’orientation des retraites, les femmes sont davantage confrontées :
- aux interruptions d’activité après une naissance ;
- au recours au temps partiel, souvent pour des raisons familiales ;
- à des progressions salariales moins rapides ;
- à des écarts de rémunération persistants ;
- à des carrières plus souvent incomplètes.
Ces différences se cumulent pendant plusieurs décennies avant de se traduire par une pension de retraite plus faible.
Les réformes successives ont progressivement tenté d’atténuer ces écarts. Pourtant, plus de vingt ans après les premiers grands débats sur l’égalité professionnelle, la maternité continue d’avoir un impact durable sur les parcours professionnels.
À quoi ressemblent concrètement ces écarts ? Sans tenir compte des différences de salaire entre les femmes et les hommes, la seule organisation de la carrière peut déjà produire des effets très différents au moment de la retraite. Voici quatre parcours fictifs qui illustrent l’impact d’un temps partiel ou d’une interruption d’activité liée à la parentalité.
Simulation : comment une carrière peut évoluer… et influencer la retraite
Exemple fictif à salaire identique au départ. Les situations réelles dépendent naturellement des revenus, de la durée d’activité et des règles applicables au moment du départ.
| Parcours professionnel | Déroulement de carrière | Conséquences possibles à la retraite |
|---|---|---|
| Situation n°1 Carrière à temps plein, sans interruption |
• Temps plein pendant 43 ans • Progression salariale régulière • Aucune période d’interruption |
✔ Carrière complète ✔ Salaire moyen calculé sur les meilleures années élevé ✔ Pension généralement plus favorable |
| Situation n°2 Temps partiel pendant 10 ans |
• Temps plein en début de carrière • Passage à 80 % pendant 10 ans • Retour à temps plein ensuite |
➜ Revenus plus faibles durant plusieurs années ➜ Salaire annuel moyen susceptible d’être réduit ➜ Pension potentiellement moins élevée |
| Situation n°3 Deux enfants avec interruption d’activité |
• Congés maternité • Congé parental de plusieurs mois • Retour progressif à temps plein |
➜ Carrière moins linéaire ➜ Évolution salariale parfois ralentie ➜ Les nouvelles règles de 2026 cherchent à limiter l’impact de ces années sur le calcul de la retraite |
| Situation n°4 Trois enfants et temps partiel prolongé |
• Plusieurs interruptions liées aux naissances • Temps partiel pendant une longue période • Retour au temps plein en fin de carrière |
➜ Effets cumulés sur les revenus et la progression professionnelle ➜ Davantage de risques d’une pension inférieure à celle d’une carrière continue ➜ Les dispositifs créés ou renforcés en 2026 visent précisément à mieux prendre en compte ce type de parcours |
C’est précisément pour limiter les conséquences de ces parcours professionnels moins linéaires que le Gouvernement a fait évoluer les règles de calcul des retraites en 2026. L’idée n’est pas d’accorder un avantage supplémentaire, mais de mieux prendre en compte une réalité statistique : la parentalité continue de peser davantage sur les carrières des femmes que sur celles des hommes.
Une reconnaissance tardive d’une réalité connue depuis longtemps
Les mesures annoncées par le Gouvernement ne créent pas un avantage réservé aux femmes.
Elles reconnaissent que le système de retraite, fondé sur les cotisations versées tout au long de la carrière, reproduit mécaniquement les inégalités du marché du travail.
Autrement dit, lorsqu’une salariée réduit son activité pour élever un enfant ou voit sa progression professionnelle ralentir après une maternité, les conséquences ne s’arrêtent pas à la fiche de paie. Elles peuvent continuer à produire leurs effets quarante ans plus tard.
- Les partenaires sociaux avaient demandé une évolution de ces règles lors des concertations sur les retraites en 2025.
- Les dispositions ont ensuite été intégrées dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, avant d’être précisées par un décret publié à la fin du mois de juillet.
Depuis janvier 2026, un calcul de pension plus favorable
Première évolution : le calcul de la retraite de base des mères.
Depuis le 1er janvier 2026 :
- une mère d’un enfant voit sa pension calculée sur ses 24 meilleures années ;
- une mère de deux enfants ou davantage bénéficie d’un calcul sur ses 23 meilleures années.
Cette modification vise à limiter l’effet des années durant lesquelles une baisse d’activité ou une diminution de revenus liée à la parentalité aurait pénalisé le montant de la future pension.
Selon le Gouvernement, près d’une femme sur deux liquidant sa retraite à partir de 2026 pourrait bénéficier de cette évolution.
À partir du 1er septembre 2026, un accès élargi à la retraite anticipée
La seconde mesure entrera en vigueur le 1er septembre 2026.
Jusqu’à présent, les trimestres accordés au titre de la maternité, de l’adoption ou de l’éducation des enfants n’étaient pas pleinement retenus pour accéder au dispositif de retraite anticipée pour carrière longue.
Le décret modifie cette règle.
Désormais, jusqu’à deux trimestres liés à la parentalité pourront être pris en compte parmi les périodes réputées cotisées, ce qui permettra à certaines mères de remplir les conditions nécessaires pour partir plus tôt à la retraite.
Pour plusieurs milliers de femmes, cette évolution pourrait avancer la date de départ de plusieurs mois.
Une avancée… qui ne règle pas le problème de fond
Ces mesures améliorent les droits de nombreuses assurées. Elles répondent également à une demande ancienne des organisations syndicales, qui soulignaient que les interruptions de carrière liées aux enfants étaient insuffisamment prises en compte.
Mais elles posent aussi une autre question : si le système de retraite doit régulièrement être ajusté pour compenser les effets de la maternité, c’est parce que les inégalités apparaissent bien avant la retraite.
En 2026, malgré les obligations en matière d’égalité salariale, malgré l’index de l’égalité professionnelle et malgré plusieurs réformes successives, les femmes restent davantage exposées aux conséquences professionnelles de la parentalité.
La retraite devient ainsi le dernier maillon d’une chaîne d’inégalités qui débute souvent dès l’arrivée du premier enfant.
Ce que les entreprises doivent retenir
Pour les employeurs, ces évolutions ne créent pas de nouvelle obligation.
En revanche, elles peuvent modifier la gestion des fins de carrière.
Les entreprises auront intérêt à :
- informer les salariés concernés de ces nouvelles règles ;
- encourager la mise à jour des relevés de carrière auprès de l’Assurance retraite ;
- anticiper d’éventuels départs plus précoces de certains collaborateurs.
À retenir
- Depuis le 1er janvier 2026, les mères bénéficient d’un calcul de retraite plus favorable (24 ou 23 meilleures années selon le nombre d’enfants).
- À compter du 1er septembre 2026, jusqu’à deux trimestres liés aux enfants pourront être retenus pour la retraite anticipée pour carrière longue.
- Ces évolutions visent principalement à réduire les écarts de pension entre les femmes et les hommes.
- Les entreprises devront anticiper d’éventuels départs plus précoces de certains salariés concernés.
Vingt ans d’évolution des droits liés à la parentalité dans les retraites
La réforme Fillon harmonise progressivement les règles entre secteurs privé et public et ouvre une nouvelle phase des réformes des retraites.
Relèvement progressif de l’âge légal de départ à 62 ans. Les débats sur les carrières des femmes prennent davantage d’importance.
La loi Touraine inscrit parmi les principes du système de retraite l’égalité entre les femmes et les hommes et poursuit l’allongement de la durée d’assurance.
La réforme des retraites reporte progressivement l’âge légal à 64 ans. Les effets sur les carrières féminines alimentent de nombreux débats.
Les partenaires sociaux proposent de nouvelles mesures afin de mieux reconnaître les conséquences de la parentalité sur les carrières.
Entrée en vigueur d’un nouveau calcul de la pension des mères basé sur les 24 ou 23 meilleures années.
Jusqu’à deux trimestres liés aux enfants sont désormais retenus pour l’accès à la retraite anticipée pour carrière longue.

