
Les indemnités journalières continuent de peser davantage dans les comptes sociaux. En 2024, les régimes de base de la Sécurité sociale ont versé 21,3 milliards d’euros d’indemnités journalières, soit 6,2 % de plus qu’en 2023, selon la Drees. Mais ce chiffre souvent présenté comme celui des « arrêts maladie » recouvre en réalité plusieurs risques. La maladie représente 12,1 milliards d’euros. Les accidents du travail et maladies professionnelles pèsent 5,3 milliards et la maternité-paternité 3,9 milliards.
- La publication n’est pas nouvelle : elle figure dans l’édition 2025 des Comptes de la santé de la Drees et porte sur les dépenses de 2024.
- Elle revient toutefois au premier plan alors que les discussions budgétaires pour 2027 se préparent et que l’Assurance Maladie continue d’alerter sur la progression des dépenses liées aux arrêts de travail.
21,3 milliards d’euros : attention à ce que mesure réellement ce chiffre
Le montant de 21,3 milliards d’euros ne doit pas être assimilé au seul coût des arrêts maladie. D’après la Drees, 57 % des indemnités journalières versées par les régimes de base en 2024 relèvent de la maladie, soit 12,1 milliards d’euros.
Les accidents du travail et maladies professionnelles représentent 25 % du total, soit 5,3 milliards, et les congés maternité et paternité 18 %, soit 3,9 milliards.
À retenir : parler de « 21,3 milliards d’euros d’arrêts maladie » serait inexact. Le montant consacré aux indemnités journalières maladie est de 12,1 milliards d’euros en 2024.
À ces prestations versées par les régimes de base s’ajoutent 7,4 milliards d’euros versés par les organismes complémentaires, en hausse de 7,2 % sur un an. Les indemnités journalières sont des revenus de remplacement : elles compensent tout ou partie de la perte de salaire durant une interruption de travail.
En dix ans, le montant total a augmenté de plus de moitié
La progression est nette sur longue période. Les indemnités journalières versées par les régimes de base représentaient 13,6 milliards d’euros en 2014. Dix ans plus tard, elles atteignent 21,3 milliards. L’augmentation est donc d’environ 56 %.
La crise sanitaire a provoqué un saut brutal. En 2020, les versements avaient atteint 19,1 milliards d’euros, notamment sous l’effet des dispositifs liés au Covid-19. La Drees chiffre à 5,2 milliards d’euros le total des indemnités spécifiques liées au Covid versées entre 2020 et 2023.
Mais la disparition de ces prestations dérogatoires n’a pas provoqué de retour aux niveaux d’avant-crise. Les IJ maladie hors Covid ont encore progressé de 7 % en 2024, après +5,6 % en 2023. Entre 2019 et 2024, leur croissance moyenne annuelle atteint 6,6 %, contre 3,7 % entre 2014 et 2019.
Hausse des salaires, emploi, vieillissement : toute la progression ne vient pas d’une multiplication des arrêts
L’augmentation des dépenses ne signifie pas mécaniquement que les salariés sont 56 % plus souvent absents qu’il y a dix ans. Le montant d’une indemnité dépend notamment du salaire. Une hausse des rémunérations et du Smic fait donc monter les dépenses, même à nombre de jours d’arrêt identique.
Dans son rapport Charges et Produits pour 2026, l’Assurance Maladie estimait que 60 % de la progression des dépenses d’IJ entre 2019 et 2023 pouvait être reliée à des facteurs démographiques et économiques : augmentation de l’emploi salarié, vieillissement de la population active, évolution du salaire moyen et du Smic.
Les 40 % restants étaient associés à une hausse du recours aux arrêts maladie, avec une évolution de leur fréquence et de leur durée. C’est cette partie qui concentre une grande partie des débats sur la maîtrise des dépenses.
En 2024, la moitié environ de la hausse vient du nombre de journées indemnisées
Les données de l’Assurance Maladie permettent de mieux comprendre ce qui s’est passé en 2024. Hors Covid, les dépenses d’indemnités journalières ont alors augmenté de 7,6 %. Selon la Cnam, 3,6 points provenaient d’un effet prix, lié notamment aux revalorisations du Smic et à la croissance des salaires, tandis que 4 points provenaient d’un effet volume, c’est-à-dire d’une augmentation du nombre de journées indemnisées.
Cette distinction compte pour les employeurs. Une partie de la hausse est liée à l’évolution mécanique du coût d’une journée indemnisée. Une autre traduit bien une augmentation du volume d’absences prises en charge.
La progression s’est poursuivie en 2025
Les données disponibles depuis la publication de la Drees montrent que le phénomène ne s’est pas arrêté en 2024. Sur l’ensemble de l’année 2025, les versements d’indemnités journalières ont encore augmenté de 5 %, selon l’Assurance Maladie.
La progression a toutefois été freinée par une mesure entrée en vigueur le 1er avril 2025 : le plafond des revenus pris en compte pour calculer l’indemnité journalière maladie a été abaissé de 1,8 à 1,4 fois le Smic. Pour certains salariés, la part versée par la Sécurité sociale a donc diminué, avec un possible report sur l’employeur lorsque la convention collective ou les règles de maintien de salaire imposent une compensation.
TPE Actu a détaillé les différences d’indemnisation selon la taille de l’entreprise et les règles de carence.
Les arrêts longs concentrent une partie de l’attention
Le sujet ne se limite pas aux arrêts courts. Dans son rapport Charges et Produits pour 2027 présenté en juillet 2026, l’Assurance Maladie souligne une hausse particulièrement forte des indemnités liées aux accidents du travail et maladies professionnelles : +30 % en cinq ans. Elle l’attribue principalement à l’allongement de la durée de ces arrêts.
Les maladies professionnelles ont également progressé. L’Assurance Maladie indique une hausse de 6,7 % en 2024, portée notamment par les troubles musculosquelettiques, les pathologies liées à l’amiante et les affections psychiques. Les indemnités journalières liées aux AT-MP sont devenues le premier poste de dépenses de cette branche.
Le suivi des arrêts longs rejoint directement les obligations de prévention et de maintien dans l’emploi. TPE Actu a récemment rappelé que le non-respect des obligations liées au médecin du travail peut ouvrir droit à réparation. Un autre article fait le point sur les droits du salarié et les obligations de l’employeur pendant un arrêt maladie.
Les règles ont déjà été resserrées en 2026
Plusieurs mesures sont déjà entrées en vigueur ou ont été annoncées pour encadrer davantage les arrêts et leur indemnisation. Depuis septembre 2026, de nouvelles règles s’appliquent aux arrêts maladie. La durée maximale de certaines prescriptions est désormais encadrée et le gouvernement travaille parallèlement sur une évolution plus large du système d’indemnisation.
TPE Actu a également détaillé la réforme des indemnités journalières préparée par le gouvernement. Autre changement récent : à compter du 15 octobre 2026, la durée d’indemnisation de certains arrêts liés à des ALD non exonérantes est réduite.
Fraude : des montants en forte hausse, mais très minoritaires à l’échelle des IJ
La fraude aux arrêts de travail fait régulièrement partie du débat. L’Assurance Maladie a détecté 42 millions d’euros de fraude aux indemnités journalières en 2024, contre 17 millions en 2023. Elle relie cette hausse à la diffusion de faux avis d’arrêt de travail, notamment vendus sur les réseaux sociaux, ainsi qu’à des sites proposant des certificats sans véritable consultation.
Le montant est en forte augmentation mais doit être rapporté aux milliards d’euros d’indemnités versées chaque année. Il ne peut donc pas, à lui seul, expliquer la progression globale des dépenses. Depuis juillet 2025, un formulaire papier sécurisé est obligatoire pour les arrêts établis sous forme papier afin de limiter les falsifications.
Ce que les petites entreprises doivent surveiller
- Le coût du maintien de salaire : une baisse de la prise en charge par la Sécurité sociale peut augmenter la part supportée par l’entreprise lorsque la convention collective prévoit un maintien plus favorable.
- La durée des absences : les arrêts longs pèsent davantage sur l’organisation du travail, les remplacements et le suivi du retour au poste.
- Les obligations de prévention : les recommandations du médecin du travail doivent être prises en compte et l’employeur doit préserver la santé physique et mentale de ses salariés.
- Les changements réglementaires : plusieurs règles sur la prescription et l’indemnisation ont évolué en 2026 et d’autres modifications peuvent être discutées dans le cadre du financement de la Sécurité sociale pour 2027.
- Les conventions collectives : les règles de maintien du salaire, de carence et de complément employeur peuvent être plus favorables que le minimum légal.
Le débat budgétaire 2027 va remettre les indemnités journalières au centre des discussions
Au 29 septembre 2026, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 n’est pas encore officiellement déposé. L’Assemblée nationale a programmé pour le 1er octobre une audition du Haut Conseil des finances publiques sur le PLF et le PLFSS 2027, sous réserve de leur dépôt. La commission des affaires sociales prévoit ensuite d’examiner le texte à partir du 12 octobre, là encore sous réserve du calendrier de dépôt.
Les chiffres de la Drees ne constituent donc pas une nouvelle étude publiée à l’automne 2026. Ils fournissent en revanche une base solide pour comprendre le débat actuel : la hausse des indemnités journalières est ancienne, s’est accélérée depuis 2019 et ne peut être réduite à une seule explication. Salaires, emploi, vieillissement, nombre de journées indemnisées, durée des arrêts et évolution des pathologies se combinent.
Sources : Drees, Comptes de la santé 2024, édition 2025 ; Assurance Maladie, rapports Charges et Produits pour 2026 et 2027 ; Assurance Maladie, remboursements de soins 2024 et 2025 ; Assemblée nationale.
Arrêts longs : et si le débat regardait aussi du côté de la santé mentale ?
À force de parler du « coût des arrêts », le débat public peut donner l’impression que le sujet se résume à leur nombre ou à leur contrôle. Les données disponibles montrent pourtant une réalité plus complexe : les troubles psychiques prennent une place croissante dans les arrêts longs.
Dans son rapport Charges et Produits pour 2026, l’Assurance Maladie indique que, parmi les arrêts prescrits en ligne analysés, près de 33 % des journées d’arrêt en 2023 étaient liées à des troubles psychiques, soit cinq points de plus qu’en 2018. Dépression, anxiété ou troubles obsessionnels figurent parmi les principaux motifs d’arrêts de longue durée. Consulter le rapport de l’Assurance Maladie .
La Dares rappelle également que l’exposition aux risques psychosociaux au travail est associée à une dégradation du bien-être psychologique et à davantage d’absences pour maladie. L’INRS cite notamment la charge de travail, le manque d’autonomie, les rapports sociaux dégradés ou les conflits de valeurs parmi les facteurs pouvant altérer la santé des salariés. Voir l’étude de la Dares .
Ce sujet rejoint celui de la neurodiversité au travail, encore peu visible dans le débat public et dans de nombreuses entreprises. La stratégie nationale 2023-2027 rappelle qu’environ une personne sur six est concernée par un trouble du neurodéveloppement. Elle souligne aussi la fréquence des troubles anxieux et dépressifs associés. Consulter la stratégie nationale TND .
La littérature scientifique documente aussi le phénomène de masking, ou camouflage, chez certaines personnes autistes ou neurodivergentes : dissimuler ses particularités pour répondre aux attentes sociales et professionnelles. Plusieurs travaux associent ce camouflage à davantage d’anxiété, de dépression et d’épuisement, même si les chercheurs restent prudents sur les liens de causalité. Voir l’étude scientifique .
